Ergothon

Ergothon a pour objectif d’aider les créateurs en tous genres — de sites Web surtout, mais pas uniquement — à prendre en compte l’ergonomie dans leurs créations, en faisant des recommandations de bonnes pratiques et en mettant en lumière via des dons les trop nombreuses mauvaises pratiques.

Jason et les ergonautes

Des facettes de recherches inexploitables sur 01net.com

La recherche par facettes est très tendance en ce moment, et à raison, puisqu’elle aide vraiment les utilisateurs à préciser leurs recherches en ayant moins à tâtonner. Encore faut-il que les facettes proposées soient exploitables…

Par exemple, sur la page de recherche de tests d’ordinateurs portables de 01 Net (notez au passage la splendide URL !), une liste permet de filtrer par taille (diagonale pour être plus précis) d’écran :

Et là, vous êtes sans doute comme moi, et vous vous demandez comment obtenir simplement la liste de tous les portables qui ont une diagonale comprise entre 10” et 11”, non ?

Et bien il ne vous reste plus qu’à vous arrachez les cheveux en alternant entre les valeurs 10”, 10,1”, 10,2”, 10,4” et 10,6”.

D’ailleurs, s’il vous reste des cheveux, ils vont avoir du mal à survivre au choix 10,4”, qui est proposé alors qu’il n’y a aucun ordinateur avec cette diagonale !

Finalement, les recherches traditionnelles où on proposait simplement des fourchettes de valeurs plutôt que des valeurs prédéfinies, ça avait du bon…

Utiliser un tri significatif dans les listes

On nous propose parfois dans des formulaires de faire un choix dans une liste pour sélectionner une option. Selon la nature de l’information listée, le mode de tri devra être adapté.

Le mode de tri dépend généralement du type de données

Dans la plupart des cas, il sera possible de déduire le mode de tri du type de données. Un tri de nombres — année, âge, nombre d’enfants, etc. — sera par exemple en général fait de manière « numérique », alors qu’un tri de mots — nom, sera en général fait de manière alphabétique.

Attention au sens du tri

Il faut aussi faire attention au sens du tri, qui ne sera pas forcément systématiquement ascendant.

Dans un formulaire d’inscription qui demande de choisir l’année de naissance en proposant une liste d’années comprises entre 1900 (Il faudrait permettre à notre doyenne de 115 ans de s’inscrire, dans l’absolu…) et 2009, soit quand même plus de 100 valeurs à dérouler (Ce qui est une erreur ergonomique courante), il est souvent plus pertinent de faire un tri décroissant, surtout si la population visée est jeune.

Il y a parfois plusieurs tris possibles

Par exemple, pour une liste de départements français, on choisira soit un tri « numérique » par numéro de département, soit un tri « alphabétique » par nom de département (Les deux sont aujourd’hui différents, mais la numérotation avait initialement été créée selon l’ordre alphabétique).

Dans le premier cas, on prendra bien soin d’indiquer clairement les numéros en début de valeur dans la liste afin d’en montrer la suite logique. Dans le second cas, on pourra mettre ce numéro après le nom, entre parenthèses par exemple.

Un tri incompréhensible de fuseaux horaires sur txtst.com

La géolocalisation est un service de plus en plus tendance, notamment au sein des applications Web sociales. La solution Fire Eagle de Yahoo! permet par exemple de centraliser la localisation d’une personne, et de rendre cette information disponible à toutes sortes de services. Mike Bukhin a ainsi créé Fire Eagle Badge qui permet par exemple à un blogueur d’afficher une petite carte Yahoo! Maps sur son blog pour montrer en temps réel où il se trouve.

Voici par exemple ce que cela peut donner :

Malheureusement, le formulaire permettant de créer le code JavaScript à insérer sur son blog comporte une erreur ergonomique assez pénible au niveau du tri de la liste de choix du fuseau horaire :

Au début de la liste, il y a des noms de pays bien classés alphabétiquement, donc je me suis dit que j’allais trouver facilement la France, mais non. Il y a un choix « French Guiana Time » — qui apparaît après un « Georgia Time » — mais aucun choix « France Time ». Après pas mal de prise de tête, j’ai fini par trouver un « Western European Time » qui doit être le meilleur choix pour la France.

Pour classer des fuseaux horaires, je vois deux possibilités :

  • Utiliser la valeur de décalage horaire avec le méridien de Greenwich, comme dans ce tableau des fuseaux horaires UTC (L’UTC est le Temps Universel Coordonné qui a remplacé le GMT. Un beau cas d’acronyme qui n’en est pas un, même le nom anglais ne donnant pas UTC mais CUT…) et dans la plupart des formulaires de ce type que je connais
  • Utiliser le nom des pays, complétés des noms de régions et/ou villes quand un pays est couvert par plusieurs fuseaux.

Donner des noms explicites aux fichiers en téléchargement

De nombreux sites proposent de télécharger des fichiers. Qu’il s’agisse de documents bureautiques, de programmes ou de tout autre format, le nom du fichier sur le serveur sera presque tout le temps conservé tel quel par l’utilisateur sur son ordinateur. L’utilisateur sera peut-être amené à conserver ce fichier parmi d’autres, pour utilisation ultérieure. Il est donc important que son nom soit explicite.

Reconnaissance du fichier une fois téléchargé

Comme l’illustre ce parfait exemple proposé par Canon, le nom des fichiers à télécharger doit être pensé pour l’utilisateur, qui va s’en servir pour identifier son contenu, et décider de son usage éventuel ultérieur :

Si le nom du fichier ne renseigne pas sur son contenu, il a de fortes chances de finir oublié dans un coin, ou pire, à la corbeille. Dommage pour cette belle plaquette commerciale présentant votre produit phare dans un fichier nommé “wz765trx.pdf”, c’est un client potentiel de perdu.

Alors qu’avec un nom tel que “Magic Stuff - Simple Hide - Devenez invisible.pdf” (Cela existe encore les systèmes qui ne savent pas gérer des noms de fichier de plus de 8 caractères ?), c’est tout de suite plus parlant, et potentiellement alléchant, non ? Au pire, pour ne pas poser trop de problèmes aux utilisateurs de certains systèmes chatouilleux qui ont du mal à disparaître, évitez les espaces et caractères accentués.

Référencement

Un autre intérêt — non négligeable — de donner à un fichier un nom explicite, c’est qu’il apparaît dans l’URL de téléchargement, qui est devenu un élément prépondérant dans le référencement naturel des sites.

Ce sont donc non seulement vos utilisateurs qui profiteront de noms explicites, mais aussi votre visibilité.

Des noms de fichiers à télécharger dénués de sens sur software.canon-europe.com

Je défie quiconque normalement constitué de s’y retrouver après avoir téléchargé plusieurs fichier sur le site de support logiciel de Canon Europe.

Par exemple, le fichier à télécharger pour installer Digital Photo Professional Updater for Windows version 3.6.1 en français se nomme “k9410frx.exe”. Intuitif, n’est-ce pas ?

Et voilà ce que l’on retrouve dans son explorateur après avoir téléchargé les 4 premiers logiciels proposés pour un Canon EOS 5D Mark II en Français et pour Windows Vista :

Au cas où vous penseriez consulter la liste des logiciels disponibles pour vous y retrouver, vous pouvez tout de suite oublier :

Il faut voir chaque fichier l’un après l’autre pour savoir quel nom de fichier correspond à quel logiciel. Et pas moyen de tout ouvrir dans des onglets différents avant consultation, ce sont des liens ouverts dans de nouvelles fenêtres en JavaScript !

Heureusement, habitué à ces délires de Canon, j’ai maintenant le réflexe de donner un nom plus significatif aux fichiers que je télécharge :

Ce serait tellement plus simple, pour tout le monde, si Canon donnait des noms directement plus significatifs à ses fichiers.

Des formulaires qui n’en ont pas l’air sur moof.com

Moof est une n-ième application Web d’écoute de musique, mais je ne m’étendrais pas sur les fonctionnalités, là n’est pas le sujet. Une originalité de Moof, c’est qu’ils proposent directement sur la page d’accueil le formulaire de création de compte, alors que c’est en général déporté sur une page dédiée. L’idée sympadéjà croisée ailleurs ces dernières années, il faut l’avouer, même si je ne saurais plus dire où exactement — c’est de présenter ce formulaire comme un dialogue entre l’application et l’utilisateur. Sauf que cela respecte tellement peu les usages courants que je n’ai pas trouvé le formulaire tout de suite, cherchant un classique lien « register » ou « sign up ».

Voici en gros plan l’objet du délit :

On pourra s’extasier sur l’apparence sympathique de ces formulaires — tel Karl Dubost — mais il ne faudrait pas oublier que certains ne verront pas là le moindre appel à saisir quelque info que ce soit, tout ceci ne ressemblant pas du tout à un formulaire.

Voici pour mémoire à quoi ressemble par défaut un formulaire présenté traditionnellement dans un format tabulaire :

Avec un peu de styles, on peu le rendre un peu plus sexy :

Sinon, si le style de mise en scène du formulaire est plus important que sa présentation purement graphique, conserver l’aspect sympa du texte à trou est bien sûr possible :

En rajoutant un peu de styles à cela, on obtient presque le même effet que le formulaire de Moof, mais en laissant à l’utilisateur la possibilité de comprendre rapidement qu’il s’agit d’un formulaire :

Comme souvent en ergonomie, la difficulté est de savoir où s’arrêter dans l’innovation, de se démarquer des autres sans pour autant perdre les utilisateurs en leur imposant un effort de réflexion qu’ils ne sont que rarement prêts à faire.

Alors certes, cela va sans doute faire un peu de buzz et attirer de potentiels utilisateurs parmi les férus de design Web, mais respecter les usages courants permettrait à priori à encore plus d’utilisateurs — ceux-là pas du tout intéressés par l’aspect graphique de la chose, mais bien par la musique — de vite comprendre comment s’inscrire pour profiter du service.

Respecter les usages courants

L’innovation, ça a du bon, ça fait avancer. Mais à trop innover, on perd les utilisateurs en chemin, parce qu’on leur impose de nouvelles choses qui ne sont pas identiques aux habitudes qu’ils ont prises. Comme le disait Voltaire1, « le mieux est l’ennemi du bien ».

En arrivant sur un site Web qu’il ne connaît pas, ou en prenant en main un nouvel outil, l’utilisateur doit pouvoir comprendre rapidement, et le plus intuitivement possible, comment il fonctionne.

Cela lui sera d’autant plus facile que ce sera similaire à ce dont il a l’habitude par ailleurs, sur les sites ou avec les outils similaires.

Si l’on a une idée géniale de nouvelle façon d’utiliser un outil de la vie courante, on aura beau avoir réellement innové pour faire avancer les usages vers plus de facilité, intuitivité, sécurité, etc., on risquera de perdre des utilisateurs qui ne verront pas l’innovation, mais un écart par rapport à leurs habitudes.

Toute innovation, sans pour autant être complètement freinée, doit donc être tempérée par le risque de rejet de la différence. Plus l’écart sera grand, plus il faudra soigner l’accompagnement au changement.

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